Catégorie : Conférences

  • Berthe Morisot, Autoportrait, 1885, musée Marmottan

    A voir la détermination avec laquelle Berthe Morisot nous regarde, nous pourrions penser qu’elle a trouvé facilement sa place d’artiste. Une palette est esquissée sur la gauche de trois mouvements tournants. Elle porte une fleur bleue à la boutonnière, « comme une décoration », dira Mallarmé, elle se tient droite, la tête tournée vers le spectateur, et elle nous regarde de ses célèbres yeux noirs qui ont tant fasciné Manet. Paul Valéry écrira d’ailleurs au sujet de ses yeux : « Berthe Morisot vivait dans ses grands yeux dont l’attention extraordinaire à leur fonction, à leur acte continuel lui donnait cet air étranger, séparé qui séparait d’elle. Etranger, c’est-à-dire étrange; mais singulièrement étranger, – étranger, éloigné par présence excessive »[1].

    On pourrait dire que c’est l’effet que produit d’abord cet autoportrait. Elle porte une robe brune, zébrée de quelques touches ocre, vertes, marron et a noué un foulard noir autour du cou. Ses cheveux sont gris, signe qu’il s’agit d’un autoportrait de la maturité et à mesure qu’on le regarde, on se demande ce que cache une telle détermination du regard. Pourquoi Berthe Morisot aurait cet air étranger alors qu’elle est née dans la bonne bourgeoisie française de la deuxième moitié du XIXe siècle. Alors on cherche sa signature… et on ne la trouve pas. Il s’agit d’une esquisse, ce qui veut dire que le tableau n’est pas terminé. De plus, elle ne l’a exposé qu’une fois, à la galerie Le Barc de Boutteville en 1893, mais au milieu d’un grand nombre d’autres portraits de gens beaucoup plus importants qu’elle. Il ne sera vraiment montré qu’après sa mort, lors de l’exposition posthume qui eut lieu à la galerie Durand-Ruel en 1896, inspirant ce commentaire à sa fille Julie Manet qui note dans son Journal : « Ce portrait a été fait il y a environ une dizaine d’années, maman ne l’avait pas fini, personne ne le vit, elle le roula et le laissa dans une armoire ou une chambre de débarras; son apparition à l’exposition émerveille » (4 mars 1896)[2].

                Cet autoportrait serait-il exemplaire du statut de la femme artiste dans le mouvement impressionniste, et plus largement dans la champ professionnel où elles peuvent tout juste prétendre à un statut d’amatrice. Déjà sa mère pensait que Berthe « n’a pas le talent de valeur commerciale et publique, elle ne vendra jamais rien de ce qu’elle fait comme ça ». Ce qui était vrai des impressionnistes l’est encore plus pour les femmes. Berthe n’est reconnue ni par le pouvoir artistique ni par la société bourgeoise dont elle est issue. Même pour ses amis peintres, comme Manet, elle a d’abord été un modèle à peindre avant d’être un sujet qui peint. Avant même d’avoir pris un pinceau, elle est pour ses semblables une femme-objet de la représentation. Est-ce parce que le statut de femme-sujet de son regard lui est pratiquement interdit qu’elle cache la toile dans un débarras ?

                On sait qu’une seule toile sera achetée par l’état de son vivant, et encore, c’est grâce à l’intervention de Stéphane Mallarmé. On sait aussi que les femmes qui n’étaient pas inscrites par des liens familiaux dans les milieux artistiques n’avaient aucune chance de percer, sauf exception, évidemment, comme la montré Rosa Bonheur en incarnant un véritable contre-modèle de réussite artistique. Mais Berthe Morisot n’a pas été élevée par une père Saint-simonien. Elle vient d’un milieu bourgeois où les femmes ne travaillent pas. Elles prennent le thé l’après-midi, cousent dans le jardin ou se promènent avec les enfants, dans un ennui mortel que Berthe Morisot exhibe littéralement dans ses scènes d’intimité féminines. Une huile de 1876 représentant une Femme à l’éventail ou tête de jeune fille montre une jeune fille blonde assise dans un fauteuil en train d’agiter un éventail les yeux fixes, comme chavirés d’angoisse à la perspective d’une vie sans issue.

                Berthe Morisot a connu ces angoisses comme en témoignent ses carnets. Elle a connu son occultation comme créatrice à une époque où les femmes n’ont droit à aucune autonomie sociale, intellectuelle, religieuse, créatrice. Peut-on dire alors qu’elle dénonce dans cet autoportrait inachevé l’effroyable condition qui faite aux femmes artistes du XIXe siècle. D’abord on est frappé par le faible nombre d’autoportraits qu’elle a fait dans sa carrière. 5 connus, dont trois avec sa fille Julie, et trois autres disparus (deux aquarelles et une esquisse). La plupart sont inachevés, comme cette autre esquisse à l’huile conservée au musée Marmottan. Ils datent tous des années 1885, 1887, soit dix ans avant sa mort. Elle a alors quarante quatre ans. En 1874 elle a épousé le frère d’Edouard Manet, Eugène, avec qui elle a eu sa fille Julie à l’âge de trente sept ans. In extremis,  pourrait-on dire, et cette alliance avec les Manet, juste après la mort de son père, montre bien qu’une femme de son milieu se doit d’être « protégée » par un homme. Sans oublier qu’elle n’aura son premier atelier qu’à l’âge de quarante neuf ans.

                Alors oui ! elle peut s’affirmer avec fierté sur cette petite toile dont elle sait ce qu’elle deviendra. « Le désir de glorification après la mort me paraît une ambition démesurée, écrira-t-elle dans ses Carnets. La mienne se bornerait à vouloir fixer quelque chose de ce qui passe; oh! Quelque chose ! la moindre des choses. Eh bien, cette ambition là est encore démesurée ! Une attitude de Julie, un sourire, une fleur, un fruit, une branche d’arbre, et quelque fois une souvenir plus spirituel des miens, une seule de ces choses me suffirait »[3].

                Elle a fait mieux. Elle a inscrit sa présence d’artiste dans le mouvement même de dissolution de l’image de la femme qu’elle opère dans l’optique impressionniste, contre l’académisme institutionnel dont l’idéal de beauté féminine enferme les femmes dans le carcan du conformisme et de la représentation. Elle s’est engouffrée dans la brèche ouverte par Manet. Et la voilà devant nous qui se désocculte comme créatrice mais qui n’ose pas aller plus loin. Le chemin est long, dit sa touche nerveuse et sa façon de montrer des femmes qui se réduisent à des taches de lumière dans un parc ou au bord de l’eau. Peut-être pourra-t-elle signer ses autoportraits. En attendant, elle fixe quelque chose d’inouï : une femme qui nous regarde dans la conscience de sa valeur, comme elle l’exprima en disant  « Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé, car je sais que je les vaux ».


    [1] Paul Valéry, Tante Berthe, Paris, Ed. Des Musées Nationaux, 1932, p. 33.

    [2] Julie Manet, Journal, 1893-1899, Ed. Scala, 1987, p. 94.

  • La prison de Pont-L’Evêque sous l’occupation 1940-1944

    Conférence à Pont-L’Eve^que le 3 mai 2022.

    L’histoire de la prison de Pont-L’Evêque sous l’Occupation est restée aussi taboue que celle des internements de prisonniers pendant la bataille de Normandie. Pourtant, je savais par la mémoire familiale (famille Letac) que le docteur Grandrie y avait été interné après son arrestation par la police allemande le 9 décembre 1941. J’avais également découvert aux archives du Service Historique de la Défense (SHD) de Caen, la liste manuscrite des « Détenus par l’autorité allemande ». Mais personne ne voulait en entendre parler.

    Mais la vérité fait son chemin.

    Toni Mazzotti, petit fils d’un pontépiscopien qui avait caché des aviateurs alliés en 1943, a commencé des recherches et découvert qu’un grand nombre d’entre eux avaient été arrêtés lors du Débarquement et internés dans l’école de garçons. Certains ont été tués d’autres transférés en Allemagne. Toni Mazzotti est à l’initiative de deux plaques commémoratives. Une installée en 2018 à l’école de garçons en souvenir des soldats alliés emprisonnés rue Thouret (Ouest-France 24-8-2018) et une autre derrière le cinéma en 2019, avec la liste des 38 soldats morts pendant la bataille de Pont-L’Evêque. Il racontera ses recherches pour identifier les prisonniers de l’école.

    D’autres enfants de Pont-L’Evêque ont voulu savoir. Des enfants porteurs de mémoire, comme Raymonde Virroy dont le père avait aussi secouru des parachutistes anglais le 6 juin 1944 (Ouest-France du 2-6-2021). La « Joyeuse prison » de Pont-L’Evêque ne peut plus occulter ce qui s’est passé avant.

    Les recherches font apparaître l’importance de Pont-L’Evêque dans la politique allemande d’internement puisqu’on y dénombre près de 1.200 prisonniers. Près de 150 résistants à la prison sous l’Occupation et 1.000 résistants et aviateurs à l’école de garçons à partir du 6 juin 1944.

    La liste des détenus par les Autorités Allemandes à la prison est datée à la fin du 20 août 1944, juste avant l’arrivée de l’armée alliée, de l’incendie de la ville et des combats pour la Libération. La liste a donc survécu à l’incendie et l’on peut supposer qu’il en est de même des archives.

  • L’Art et le Féminisme en France dans les années 1970

    Hommage à Aline Dallier-Popper (1927-2020)

    Rencontre à la Galerie Arnaud Lefèbvre, rue des Beaux Arts à Paris, le 9 mars 2022, dans le cadre de l’Hommage à Aline Dallier (1927-2020), pionnière de la critique artistique féministe et historienne de l’art des femmes. Commissaire de l’exposition, Diana Quinby.

    Interventions des artistes et historiennes d’art: Christine de Buzon pour le groupe Femmes/arts et Françoise Eliet, Cristina Martinez, Mathilde Ferrer, Thérèse Ampe-Jonas, Eugénie Dubreuil, Françoise Py, Anouk Chambart, ean-Clarence Lambert, Claude Bauret-Allard, Danièle Blanchelande, Liliane Camier, Dorothée Selz, Vincent Enjalbert.

    Un catalogue est édité. Avec les exposantes : Thérèse Ampe-Jonas, Claude Bauret Allard, Danièle Blanchelande, Bernadette Bour, Charlotte Calmis, Liliane Camier, Christiane de Casteras, Colette Deblé, Françoise Eliet, Esther Ferrer, Monique Frydman, Aline Gagnaire, Hessie, Sara Holt, Françoise Janicot, Monique Kissel, Maria Klonaris et Katerina Thomadaki, Marie-Rose Lortet, Léa Lublin, Milvia Maglione, Cristina Martinez, Vera Molnar, ORLAN, Aline Ribière, Dorothée Selz, Nancy Wilson-Pajic, Nil Yalter.

    et les témoignages de personnes qui ont connu Aline Dallier-Popper :(Dominique Berthet, Marie-Jo Bonnet, Christine de Buzon, Daniel Danétis, Fabienne Dumont, Mathilde Ferrer, Jean-Clarence Lambert, Gilbert Lascault, Gloria Orenstein, Françoise Py, ainsi que de plus jeunes chercheurs-euses pour qui les écrits d’Aline Dallier ont été importants (Zélia Bajaj, Anouk Chambard, Vincent Enjalbert, Franny Tachon). Le catalogue intègre également la version intégrale d’une interview d’Aline Dallier, réalisée en 2009 par Diana Quinby. Dans un entretien récent, l’artiste Tania Mouraud raconte sa longue relation amicale avec Aline Dallier, qui remonte au début de leurs carrières respectives.

  • Cet été, « La vraie vie est ailleurs » au musée des Beaux arts de Brest

    « La vraie vie est ailleurs – Artistes femmes autour de Marta Pan : Simone Boisecq, Charlotte Calmis, Juana Muller, Vera Pagava, Judit Reigl.

     27 juin 2019 au 5 janvier 2020
  • Au salon du livre lesbien: Mon MLF (Mouvement de Libération des Femmes

    7 juillet 2018 à la mairie du 3e arrondissement de Paris.

    Photo Marie Gendron

  • « Echange des cultures et Génocides » Marseille -11-13 juillet 2018

    Odette Abadi 1914-1999-Résistante juive, auteur de « Terre de détresse ».

    Bonjour –  Je participe à l’Université d’été d’ARES – « Echange des cultures et Génocides » – Du 11 au 13 juillet 2018 à l’ESPE de Marseille, 63 La Canebière

    Jeudi 12 JUILLET Sous la présidence de Gérald Attali, Inspecteur Pédagogique Régional d’histoire et géographie.

     

    9H-10H30 Deuxième table ronde : les échanges dans les camps

    Marie Jo Bonnet , historienne, L’amitié féminine à Birkenau : de la survie à la « sororité » citoyenne trans-familiale.

    Renée Dray-Bensousan, historienne , Académie de Marseille, Les échanges culturels autour de la créativité des femmes dans les camps….

  • Conférence à Rennes mardi 16 mars 2018

    16 Mars 2018 à 20h30 à la MIR : Conférence dans le cadre des journées du 8 Mars avec Marie Jo Bonnet qui exposera sa vision de l’intersectionnalité, thème choisi par la ville de Rennes cette année. Après une brève introduction de FEE,  Marie Jo Bonnet, historienne d’art, militante historique de la cause féministe nous présentera  son exposé  « Convergences et divergences des luttes intersectionnelles: l’exemple de l’homosexualité ». Venez nombreuses !!!

    Un espace sera dédié à la dédicace de son dernier livre publié en 2018 « Mon MLF » aux éditions Albin Michel.

    Organisé par l’association Femmes Entre Elles- Maison Internationale de Rennes 7, Quai de Chateaubriand, Rennes. Métro : République.

  • La maternité symbolique dans l’art- conférence à la Médiathèque Marguerite Duras samedi 16 septembre à 15h

    MA MÈRE AU PANTHÉON

    Exposition organisée par le Comité Métallos en partenariat avec la Maison des métallos et présentée à la Maison des Métallos, 94 Rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris

    • –  le vendredi 15 septembre de 14h à 22h
    • –  le samedi 16 septembre de 14h à 22h
    • –  le dimanche 17 septembre de 14h à 18 h Cette exposition rend compte de la transmission des femmes dans la création artistique. Elle présente une dizaine d’artistes contemporaines, peintres, sculptrices, plasticiennes, photographes, graveuses … qui ont souhaité rendre hommage aux femmes qui les ont inspirées, qu’elles soient mères biologiques ou spirituelles, déesses-mères, muses ou bien héroïnes sociales. Les œuvres présentées, souvent en regard des œuvres de référence, racontent toutes une histoire particulière dans le cheminement du processus créatif et l’affirmation de l’artiste en tant que femme. Artistes présentées : Hazel Karr et Lola Carr, Wanda Mihuleac, Marie-Danielle Koechlin, Elisabeth Douillet, Sylvie Pesnel et Francesca Woodmann, Florence Lucas, Mireille Roustit, Marie Busson, Lyl Lunik.

      Commissariat : Sylvie Cohen

      Conférence présentée par Marie-Jo Bonnet, historienne d’art et écrivaine, sur le matrimoine et la transmission des femmes dans la création artistique à la Médiathèque Marguerite Duras (20ème), le samedi 16 septembre à 15h

    • Visite commentée de l’exposition par Marie-Jo Bonnet, le dimanche 17 septembre à 16h.